mercredi 4 novembre 2009, par Admin
« Doutez de tout et surtout de ce que je vais vous dire. »
Bouddha
Février 1944 l’affiche rouge et le poème d’Aragon :
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants L’affiche qui semblait une tache de sang Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE Et les mornes matins en étaient différents
RAYMAN, BOCZOV ,GRZYWACZ, ELEK, WAJBROT, WITCHITZ, FINGERWEIG …
A paris en 1944, l’armée du crime était une part de la dignité de la France.
On en demande toujours plus aux juifs … et il le faut. Toujours et encore plus jusqu’à la limite de l’insoutenable car le Judaïsme polymorphe - ce fouteur de merde- est une corde tendue entre l’aveugle et le voyant : L’Homme vivant, l’Homme debout, celui qui doute, celui qui ne fait d’aucune croyance un article de foi fanatique quel que soit le respect dont cette croyance est auréolée.
Claude Lévy écrivait dans Information juive : « Des historiens se disent abusivement « révisionnistes » alors qu’il apparaît beaucoup plus judicieux de les désigner du vocabulaire de « négationnistes » . ».
Vaine querelle de mots ?
Voulons-nous ignorer l’importance vitale du sens ?
J.Trier ( Structures sémantiques et conceptives du monde ) démontre que par leur sens donné, les mots constituent un ensemble structuré à l’intérieur duquel chacun est sous la dépendance des autres. Ils sont donc un champ linguistique recouvrant le champ conceptuel et exprimant une vision du monde dialectiquement cohérente.
Par exemple si un historien se dit « révisionniste », il vise à préparer son interlocuteur à embrasser son opinion avec la déférence et le respect que la recherche historique a attaché à ce mot. Le théoricien du Révisionnisme est Édouard Bernstein qui formula à la fin du XIX° siècle la remise en cause des fondements théoriques du marxisme. Puis, après lui, Kautsky, Bauer, Browder…
Puis très vite, les mots révisionniste et révisionnisme désignèrent tous ceux qui préconisent la révision d’une doctrine, d’une croyance, d’une vérité dogmatiquement fixée et érigée en tabou.
Ainsi les partisans du capitaine Dreyfus, les historiens qui avant l’aveu d’Eltsine affirmaient que les massacres de Katyn étaient des crimes soviétiques, ceux qui veulent réviser les procès de Jeanne d’Arc, de Gilles de Rais, de Franco, de JFK …
Réviser un jugement, réviser l’Histoire. Prenons louis IX dit Saint-Louis. Il condamna 100 000 juifs par édit royal à porter visiblement un signe distinctif sur leurs vêtements : la rouelle. L’étoile jaune avant Vichy. Saint-Louis faisant un procès inique au Talmud et brûlant 24 charretées de précieux manuscrits hébreux. Faut-il rappeler qu’il toléra plus d’un pogrom quand il n’en fut pas l’instigateur ?
Alors Saint-Louis tabou ?
En matière d’horreurs historiques il nous faut tout dire et tout savoir : le pourquoi et le comment. Dans ce monde il n’y a ni saints ni maudits. Il n’y a que le frère face au frère : Et Caïn tua son frère Abel …
Alors si à l’évidence nous disons oui au révisionnisme, que dire aux négationnistes qui ne seraient que des révisionnistes infréquentables et falsificateurs ?
La réponse semble évidente et simple. Elle ne l’est pas. Il serait impossible et impensable de leur donner la parole, et pourtant ? En juillet 1965, le bulletin d’information de l’Alliance d’Abraham, ( Berite Abraham ) publiait un texte de Paul Rassigner ( ancien déporté politique à Buchenwald et Dora , ancien député socialiste, militant pacifiste et fondateur du négationnisme avec son livre : Le mensonge d’Ulysse, 1948 ) et une réponse du journal.
D’autre part, les meilleurs soutiens de Faurisson dans ses procès et dans sa polémique interminable avec Vidal-Naquet ont été José Benhamou, Jacob Assous et Jean-Gabriel Cohn-Bendit.
Que dire aussi de Michel de Bouard torturé, déporté à Mauthausen, professeur d’histoire, membre de l’institut, membre du Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale , ancien doyen de la faculté des lettres de l’Université de Caen et qui, démissionnant de la présidence des déportés du Calvados, déclara à Ouest-France : « je me trouvais déchiré entre ma conscience d’historien et l’appartenance à un groupe de camarades que j’aime profondément mais qui refusent à traiter la déportation selon les méthodes d’une saine Histoire. Je suis hanté par la pensée que, dans cent ans ou même cinquante ans, les historiens s’interrogent sur l’holocauste et de ce qu’ils y découvriront. Le dossier est pourri…Je crois finalement que ces historiens se diront que la déportation a dû être un mythe. Voilà le danger. »
Que répondre à Yosef Hayim Yerushalmi qui dirige le Jewish and Israeli Studies Center à la Columbia University de New York et qui écrit : « L’holocauste, dans l’image qui s’en dégage, loin d’être forgé sur l’enclume de l’historien est fondu dans le creuset du romancier… curieusement, si les juifs ne rejettent pas l’histoire, ils ne sont pas pour autant préparés à lui faire face. Ils semblent au contraire attendre un mythe nouveau méta-historique. »
Et que répondre enfin, aujourd’hui même, à ceux qui insultent honteusement Mathieu Kassovitz , allant jusqu’à le traiter de nazi malgré l’extermination d’une partie de sa famille à Auschwitz , simplement parce qu’il ose remettre en cause la version officielle des attentats sur le 11 septembre ?
Nous pouvons répondre ceci : le judaïsme à travers les siècles a justement démontré que sa différence était précisément liée à la lutte toujours recommencée contre l’idée même de tabou ( les juifs ces dégénérés ! ) .
On pourrait dire du judaïsme : c’est l’éthique, le rituel et l’électricité, plus le doute. Composante essentielle de l’humanisme face à la barbarie, le judaïsme surprend et se surprend lui-même. Le judaïsme n’est nation parmi les nations que par son enseignement, que par son message. Il ne dure que par la remise en cause de ce que Élie Wiesel appelle : l’Apostrophe de Dieu lui-même.
Au juif, on demande toujours plus : le Big Bang et le Trou Noir , la matière et l’anti matière, la bougie qui meurt et l’étincelle de vie, l’indicible et les mots pour le dire. Au tabou, la dialectique juive oppose radicalement, sans crainte, la confrontation des thèses et des idées. Noam Chomsky , l’un des grands esprits de notre temps, petit fils de rabbin, préfaça le livre de Faurisson Mémoires en défense , en écrivant ceci : « C’est précisément dans le cas des idées que l’on trouve les plus choquantes que le droit de la libre expression doit être défendu … soutenir le droit d’exprimer des idées qui sont généralement acceptées est évidemment dépourvu de signification. »
Pour vous, les sacrifiés d’hier, morts pour la France : Marianne Cohn, Elie Léopold Bloch, Olga Bancic, Joseph Epstein, nous nous interdisons de sortir la Shoah ou le 11 Septembre de la critique historique. Nous, juifs, n’avons peur de rien.
Brecht disait : « Celui qui ne sait pas est un imbécile, mais celui qui sait et qui ne dit rien est un criminel. »
Faire semblant de ne pas savoir , de ne pas vouloir savoir, n’est pas seulement inadmissible et criminel : c’est suicidaire.
La mort du judaïsme : le tabou.
Jean-Marc DESANTI