jeudi 30 avril 2009, par Admin
La législation biblique détaille ainsi la loi du Talion :
* Genèse 9,6. Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car Dieu a fait l’homme à son image
* Exode 21, 23-24. Mais s’il y a un accident, tu donneras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied,
* Lévitique 24, 18-19. Celui qui frappera un animal mortellement le remplacera : vie pour vie. Si quelqu’un blesse son prochain, il lui sera fait comme il a fait
* Nombres 35, 19. Le vengeur du sang fera mourir le meurtrier ; quand il le rencontrera, il le tuera
* Deutéronome 19-21. Tu ne jetteras aucun regard de pitié : oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. Juridiquement parlant, aujourd’hui le principe nous paraît barbare et bien éloigné de l’idée de justice, puisqu’il s’agit avant tout de vengeance, dans la stricte réciprocité soit, mais de vengeance bien réelle.
Nous vivons dans une société qui défend un certain nombre de principes : les sociétés démocratiques considèrent en effet qu’il est impossible de se faire justice soi-même, qu’une personne impliquée dans un problème peut difficilement être objective vis-à-vis de la situation qu’elle vit. On dit ainsi que nul ne peut-être à la fois "juge et parti".
Les sociétés démocratiques veulent aussi relever un défi et dépasser le rôle de punition et d’autoprotection d’un jugement (que la sanction soit l’amende, la détention, voire la peine de mort dans certains Etats). Comment punir les condamnés et comment les réintégrer à la société ? Les peines alternatives, les programmes de réinsertion sont des réponses partielles, pas toujours des solutions.
La loi du talion n’a jamais été ni inventée, ni adoptée par le droit hébraïque. Au contraire, le droit hébraïque a toujours récusé la vengeance et encouragé la réconciliation après un dommage civil : "Ne te venge pas et ne garde pas rancune. […] Aime ton prochain comme toi-même" (Lévitique XIX, 18).
Cette image mensongère du Juif nourri d’un esprit de vengeance a plus tard été propagée par une œuvre littéraire célèbre, Le Marchand de Venise, de William Shakespeare. Dans cette pièce de théâtre, Shylock, l’usurier juif, incarne le mythe du créancier sanguinaire et légaliste, qui brandit la loi du talion en l’interprétant à la lettre.
Un des malentendus chrétiens les plus tenaces au sujet du judaïsme est celui qui porte sur le sens de la loi du talion : « Œil pour œil, dent pour dent ». Peut-être parce que l’interprétation courante permet au chrétien d’entretenir un sentiment de supériorité par rapport au juif, qui pratiquerait la vengeance alors que le chrétien aurait le monopole du pardon. Il n’y a pas si longtemps, des journalistes parlaient systématiquement de « loi du talion » après chaque opération militaire israélienne consécutive à un attentat.
Israël est abolitionniste pour les crimes ordinaires depuis 1954. Depuis la proclamation de l’État d’Israël en 1948, la peine de mort a été appliquée une seule fois, en 1962, lorsque Adolph Eichmann fut exécuté sur la base de la loi de 1950 sur la peine pour les nazis et pour les collaborateurs de nazis. Les 5 autres délits capitaux comprennent une sentence discrétionnaire et sont le génocide, l’homicide de personnes persécutées commis pendant le régime nazi, les actes de trahison sur la base de la loi militaire et de la loi pénale commis en temps d’hostilité, l’emploi et le port illégal d’armes.
L’extradition vers Israël n’a vu de condamnation à mort que dans des cas exceptionnels, comme pour Ivan Demjanjuk, un citadin ukrainien extradé par les États-Unis et condamné à mort en 1988 par un tribunal spécial à Jérusalem, parce que reconnu par quelques survivants comme étant « Ivan le Terrible », un garde nazi du camp de concentration de Treblinka en Pologne. La décision fut annulée en 1993 par la Cour suprême après qu’il eut été prouvé qu’il y avait eu confusion sur la personne.
Israël a ratifié le Pacte international sur les droits civils et politiques ; la Convention sur les Droits de l’Enfant ; la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants ; et signé le Statut de la Cour Pénale Internationale (qui interdit le recours à la peine de mort).
La question que tu poses, Meïr, est finalement celle-ci : ne pas remplacer la peine de mort par des condamnations, même à perpétuité incompressible. Dans un cas comme l’autre, toute peine, quelle qu’elle soit, aura un terme ...
Ne vaut-il pas mieux repousser ce terme le plus longtemps possible ? Bien évidemment, ce qui me questionne dans ton propos, c’est l’utilisation du terme de crime nazi : interprété comme tel, tu as des arguments en ta faveur.
Cordialement.