
Mesurer la maturité numérique d’une entreprise française en 2024 revient à observer un paysage contrasté. Le baromètre France Num, qui a sondé plus de 10 000 TPE et PME cette année, montre une confiance renouvelée des dirigeants envers le numérique après une phase de doute en 2023. Derrière ce regain, les écarts entre secteurs, entre tailles de structure et entre niveaux de conformité réglementaire dessinent les vrais enjeux de la transition numérique pour les entreprises.
Maturité numérique des TPE et PME françaises : ce que révèle le baromètre 2024

Le baromètre 2024 de France Num, piloté par la Direction générale des Entreprises (DGE), a interrogé 10 125 entreprises dont 6 425 TPE. Ce panel couvre tous les secteurs d’activité et toutes les régions, ce qui en fait la photographie la plus large disponible sur le sujet.
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| Indicateur | Tendance 2023 | Tendance 2024 |
|---|---|---|
| Confiance des dirigeants dans le numérique | En recul, doutes exprimés | Confiance renouvelée |
| Cybersécurité | Préoccupation montante | Préoccupation constante, renforcée par NIS2 |
| IA et environnement | Peu mentionnés | Identifiés comme nouveaux enjeux |
| Accompagnement attendu | Demande forte | Demande renforcée, offre structurée par France Num |
Ce tableau met en lumière un point que les analyses concurrentes survolent : la cybersécurité n’est pas un sujet émergent pour les TPE-PME, c’est une préoccupation installée qui change de nature avec l’entrée en application de nouvelles réglementations européennes.
Les données collectées sur liaisonsnumeriques.fr confirment cette tendance, en particulier sur le besoin croissant de structurer les échanges numériques entre donneurs d’ordres et petites entreprises.
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Directive NIS2 et règlement DORA : le cadre réglementaire qui redéfinit la transition numérique

La directive européenne NIS2, dont l’application progressive débute en 2024, élargit considérablement le périmètre des entreprises soumises à des exigences formelles de cybersécurité. Des secteurs entiers du B2B qui échappaient à NIS1 (manufacturing, alimentaire, gestion des déchets) doivent désormais mettre en place une gouvernance formelle de la cybersécurité : gestion des risques, plans de continuité, notification d’incidents.
Pour une PME industrielle qui sous-traitait sa sécurité informatique à un prestataire local sans cadre contractuel précis, le changement est concret. NIS2 impose de documenter, de tester et de prouver.
DORA et la chaîne de sous-traitance IT
Le règlement DORA (Digital Operational Resilience Act), publié au Journal officiel de l’UE le 27 décembre 2022 avec une application principale en 2025, cible le secteur financier. Son impact dépasse ce périmètre : les prestataires numériques critiques (cloud, SaaS) sont directement encadrés. Toute entreprise qui fournit des services numériques à une banque ou un assureur doit revoir ses contrats, ses engagements de résilience et ses procédures d’audit.
En revanche, les TPE qui n’opèrent pas dans ces chaînes de valeur ne sont pas directement concernées par DORA. L’écart de contrainte entre une PME fournisseur du secteur financier et une TPE artisanale illustre la fragmentation réelle du paysage réglementaire.
Conformité des données et IA générative : la CNIL comme arbitre
Les projets de transformation numérique intègrent de plus en plus l’intelligence artificielle générative. Le baromètre France Num 2024 identifie l’IA comme un nouvel enjeu pour les TPE-PME. La CNIL, de son côté, a intensifié ses contrôles sur l’usage de l’IA générative et la réutilisation de données personnelles dans ces projets (recommandations 2023-2024).
Le problème ne se limite pas au RGPD classique. Les lignes directrices renforcées sur les cookies et le traitement des données d’entraînement des modèles d’IA créent un enjeu de conformité spécifique. Une entreprise qui déploie un chatbot alimenté par des données clients doit vérifier la base légale du traitement, la finalité et les droits d’opposition, sous peine de sanctions.
Trois points de vigilance concrets pour les projets data et IA
- Vérifier que les données utilisées pour entraîner ou alimenter un outil d’IA générative ont été collectées avec une base légale valide au regard du RGPD, y compris pour les usages secondaires non prévus initialement
- Documenter la chaîne de traitement des données personnelles dans tout projet impliquant un prestataire SaaS ou cloud, en anticipant les exigences NIS2 sur la notification d’incidents
- Intégrer dès la conception un mécanisme d’opposition et de suppression des données, car la CNIL contrôle activement ces dispositifs depuis 2023
IA générative en entreprise : adoption large mais déploiement limité
Plusieurs études internationales de 2023-2024 convergent sur un constat : l’adoption de l’IA générative progresse vite, mais reste au stade pilote dans la majorité des organisations. Les entreprises testent, expérimentent, lancent des preuves de concept. Les déploiements à grande échelle restent rares.
Pour les TPE et PME françaises, le décalage est encore plus marqué. Le baromètre France Num 2024 classe l’IA parmi les « nouveaux enjeux », ce qui signifie qu’elle n’est pas encore un outil quotidien pour la plupart des structures interrogées. À l’inverse, les grands groupes ont déjà intégré des assistants IA dans leurs processus de support client, de rédaction ou d’analyse de données.
Ce fossé pose une question d’accès : les solutions d’IA générative accessibles aux petites structures (coût, complexité d’intégration, compétences internes) ne sont pas les mêmes que celles déployées par les ETI ou les grands comptes. Le risque est celui d’un décrochage numérique entre tailles d’entreprise, déjà visible sur d’autres briques technologiques comme le cloud ou l’automatisation des processus.
Environnement et numérique responsable : un enjeu encore peu quantifié
Le baromètre 2024 mentionne l’environnement comme un nouvel enjeu aux côtés de l’IA. La formulation reste vague, ce qui reflète l’état du sujet dans les TPE-PME : la prise de conscience existe, les indicateurs manquent.
Mesurer l’empreinte carbone d’une infrastructure numérique (serveurs, stockage cloud, transferts de données) suppose des outils et des méthodologies que la plupart des petites entreprises ne possèdent pas. Les obligations de reporting extra-financier, qui se durcissent progressivement pour les entreprises de taille intermédiaire, pourraient accélérer cette structuration dans les prochaines années.
Le sujet le plus concret reste le choix des prestataires cloud et SaaS en fonction de leur politique environnementale, un critère qui commence à apparaître dans les appels d’offres publics et privés sans être encore systématique.
La donnée la plus parlante du baromètre 2024 reste le volume de l’échantillon : plus de 10 000 entreprises interrogées. Cette base statistique permet de dépasser les intuitions. Elle montre que la transition numérique des entreprises françaises ne se joue pas sur un front unique, mais sur trois simultanément : la conformité réglementaire (NIS2, DORA, RGPD), l’intégration de l’IA et la mesure de l’impact environnemental. Les structures qui progressent sur les trois fronts en même temps restent minoritaires.